• Dans l'Orne, la guillotine a fini son oeuvre en 1947

    Dans l'Orne, la dernière exécution a eu lieu le 5 juillet 1947 dans la cour du château des Ducs, l'ex-prison d'Alençon.

    Place du Palais, place du Champ-du-Roy, château des Ducs. Au fil du temps, le lieu des exécutions a changé à Alençon.

    Quand vous questionnez les archivistes sur la peine de mort dans l'Orne, ils vous conseillent de vous adresser à Daniel Goualard. Il n'est pas historien mais cet ancien postier s'est toujours intéressé aux affaires de justice. Il suit les sessions d'assise, il arpente les salles d'archives. Il écrit des articles pour le compte notamment de la Société historique et archéologique de l'Orne. Sa documentation nous permet de résumer en trois dates et trois lieux, l'historique de la peine de mort dans le département. La guillotine ne fut installée qu'à Alençon.

    Le 27 mai 1823

    Jusqu'à cette date, les exécutions se faisaient place du Palais à Alençon, la petite place devant la Poste. « C'était une réjouissance populaire, ça attirait la foule. Les condamnés étaient exposés pendant une heure aux injures de la populace », indique Daniel Goualard. L'étroitesse des lieux amena le conseil municipal à prendre, le 27 mai 1823, un arrêté déplaçant les exécutions de la place du Palais à la place du Champ-du-Roy plus grande et un peu plus à l'écart du centre-ville. L'exposition des condamnés à la vindicte populaire fut supprimée dans les années 1840.

    Le 18 décembre 1878

    De 1823 à 1878, la place du Champ-du-Roy fut le théâtre d'une vingtaine d'exécutions publiques. La dernière eut lieu le 18 décembre 1878. Un certain Aimé Mautin y eut la tête coupée pour des crimes de viol et d'assassinat. « La guillotine avait été installée à même le sol car le gouvernement avait interdit en 1870 l'installation d'estrade. Il y avait là tout le régiment du 14e Hussards, les gendarmes à cheval si bien que la foule était déçue. Elle n'a rien pu voir de l'exécution. »

    Pour la première fois, la sentence fut exécutée par un bourreau national, Nicolas Roch assisté de Louis Deibler, Alphonse Berger et Eugène Etienne.

    Curiosité, il reste place du Champ-du-Roy une grande pierre dont Michelle Malicorne, archiviste municipale à la retraite, pense qu'elle témoigne de cette époque. Elle aurait servi à recueillir le sang des guillotinés.

    Le 5 juillet 1947

    Pendant très longtemps il n'y eut plus d'exécutions à Alençon. De nombreuses peines capitales furent commuées en travaux forcés à perpétuité. « En 1939, le gouvernement décida la fin des exécutions capitales publiques. » Les dernières exécutions eurent lieu dans la cour de la prison, au château des Ducs. Il y en eut deux. Le 16 septembre 1942, Albert Maurice Aupée fut décapité pour avoir tué sa bienfaitrice de 72 ans à coups de madrier. Cinq ans plus tard, le samedi 5 juillet 1947, la guillotine, « la Veuve » comme on l'appelait à l'époque revint pour la dernière fois à Alençon. Henri Marius Pelletier, un jeune homme de 26 ans avait tué à Saint-Agnan-sur-Erre, à coups de bêche et de serpe, un homme de 70 ans pour le voler. Il fut exécuté à 4 h 45 du matin.

    Ce sera la dernière décapitation dans le département dans l'Orne. Après 1947, il y eut d'autres condamnés à mort mais tous furent graciés.

    Article paru dans Ouest-France


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