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       Une histoire centrale

    Le père Benoît avec Pascal Blanchetier, de l'Association nationale des communes de la Résistance française

    L'abbaye de Timadeuc était un haut lieu, mais discret, de la Résistance morbihannaise. Elle lance un appel pour mettre en valeur ses documents historiques.

    Non loin de l'abbaye de Timadeuc, se dresse un monument dédié au père Guénaël, « mort pour la France, le 3 janvier 1945 ». Combien, parmi les nombreux visiteurs, habitués ou occasionnels, connaissent le rôle joué par ce frère et sa communauté pour lutter contre l'occupant nazi ?

    Honorée depuis 1946 de la médaille de la Résistance, l'abbaye de Timadeuc compte aujourd'hui parmi les 15 unités civiles reconnues en France, au même titre que certaines communes et unités militaires, pour actes de Résistance à l'occupant allemand.

    Dès juillet 1940, l'abbaye est un refuge pour les aviateurs alliés, les prisonniers évadés, les réfractaires au STO (Service du travail obligatoire) et les résistants, « comme pour toute personne en détresse », souligne le père Benoît, aujourd'hui abbé de Timadeuc.

    Un sacrifice pour la communauté

    Sous l'impulsion de quelques moines, les actes de Résistance iront bien plus loin,        « avec le consentement du père abbé, mais dans la plus grande discrétion », même au sein de la communauté, pour éviter de la compromettre en tant que telle.

    « Les moines s'adaptent à l'époque. La recherche de Dieu ne les détourne pas de leur insertion dans un territoire, et dans une patrie. Des actes comme ceux-là sont des signes forts d'inscription dans le réel », commente le père Benoît.

    Dès le début de la guerre, le père Guénaël, frère cellérier (celui qui s'occupe des approvisionnements) de l'abbaye est appelé sous les drapeaux et fait prisonnier. De retour de captivité en juin 1941, il réintègre Timadeuc et entre en Résistance, avec la complicité de son abbé et de quelques autres.

    Cela se traduit par l'hébergement d'aviateurs, de parachutistes, de résistants, des parachutages et des caches d'armes, la fabrication de fausses cartes d'identité, la correspondance secrète avec l'Angleterre... Il fait même aménager une salle de tir souterraine pour permettre aux maquisards d'essayer les armes parachutées. L'abbaye devient un nœud de la Résistance morbihannaise.

    Jusqu'à ce lundi de Pentecôte 1943, où les lieux sont cernés. Moines, hôtes, promeneurs sont alignés et mis en joue par les SS.

    « Je crois que le père Guénaël s'est livré en sacrifice, pour épargner la communauté. Interrogé par la Gestapo, il a sans doute fait passer cela pour les actes d'un seul homme. L'abbaye n'a pas été davantage inquiétée... », rapporte le père Benoît.

    Déporté à Neuengamme, le père Guénaël y est mort dix-huit mois plus tard. L'abbaye Timadeuc poursuivit ses activités clandestines, avec une discrétion redoublée... « La providence a veillé sur le reste de la communauté », sourit le père abbé.

    Des archives inexploitées

    En adhérant à l'Association nationale des communes de la Résistance française, le père Benoît signe sa volonté de faire vivre la mémoire de la Résistance, au-delà de la disparition de ses acteurs, qu'ils soient de sa communauté ou d'ailleurs. Il a aussi le projet de compléter l'histoire de Timadeuc.

    Le père abbé aimerait ainsi que quelqu'un se penche sur l'histoire de l'Abbaye au cours du XXème siècle : « Les derniers frères doyens qui ont connu cette période sont décédés en 2015. C'est avec la disparition des acteurs d'une époque que l'on prend conscience de la nécessité d'en écrire l'histoire. Les documents d'archives sur la période sont nombreux à Timadeuc, mais inexploités, faute de temps et de compétences. »

    Article paru dans Ouest-France


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