• La tour d'abandon

    La tour d'abandon

     

    Un tour d'abandon est un lieu où les mères peuvent laisser de manière anonyme leurs bébés, généralement nouveau-nés, pour qu'ils y soient trouvés et pris en charge. Ce genre d'arrangement était courant en Europe lors du Moyen Âge et dans les XVIIIème et XIXème siècles. Ils disparaissent vers la fin du XIXème siècle.

    Dans les pays anglophones le tour d'abandon s'appelle baby hatch (« guichet pour bébé », anciennement foundling wheel, soit « roue de l'enfant trouvé »), dans les pays germanophones « Babyklappe » (« guichet pour bébé ») ou Babyfenster (« fenêtre pour bébé »), en Italie culle per la vita (« berceau pour la vie »), au Japon こうのとりのゆりかご (« berceau de la cigogne ») ou 赤ちゃんポスト (« boîte à bébé »).

    Les tours d'abandon sont généralement dans les hôpitaux ou des centres sociaux, et consistent en une porte ou pan dans un mur extérieur qui s'ouvre sur un petit lit, chauffé ou au moins isolé. Quand un bébé y est mis, des détecteurs dans le lit alertent les personnes soignantes pour qu'elles viennent chercher le bébé et s'en occuper. En Allemagne les bébés sont soignés huit semaines, pendant lesquelles la mère peut retourner récupérer son enfant sans retombées légales. Dans le cas contraire, l'enfant est mis en adoption.

     

    Histoire 

    Les tours d'abandon ont existé dans une forme ou autre depuis des centaines d'années. Le système était assez courant lors du Moyen Âge en Europe. En Italie on trouve les premiers ruote dei trovatelli (« roues pour enfants trouvés ») en 1198 ; le pape Innocent III déclare qu'ils doivent être installés dans les orphelinats pour que les femmes puissent y laisser leurs enfants et non les tuer. L'infanticide était alors clairement en évidence sur les rives du Tibre. Ces tours d'abandon consistaient en un cylindre mis debout sur l'extérieur d'un bâtiment, comme un tambour de porte. Les mères mettaient l'enfant dans le cylindre et tournaient celui-ci pour que l'enfant soit dans l'édifice (généralement une église), puis sonnaient une cloche pour que les personnes à l'intérieur en soient avertis. Un exemple de tour d'abandon datant de cette époque peut encore se voir à l'hôpital Santo Spirito du Vatican ; il y fut installé au Moyen Âge et utilisé jusqu'au XIXème siècle.

    À Hambourg, en Allemagne, un marchand néerlandais installe un tour d'abandon (qu'il appelle « Drehladen »), dans un orphelinat en 1709. Il sera fermé cinq années plus tard, en 1714, parce que le nombre de bébés y abandonnés était trop élevé pour les ressources financières de l'orphelinat. D'autres tours d'abandon seront installés à Cassel (Hesse) en 1764 et à Mayence en 1811 sur l'ancien couvent de pauvres Clarisses.

    En France les tours d'abandon sont introduits par saint Vincent de Paul, qui fera construire le premier à Paris en 1638. Ils seront officiellement légalisés lors d'un décret impérial le 19 janvier 1811, et à leur apogée ils étaient au nombre de 251 dans toute la France. On en trouvait dans les hôpitaux, dont l'Hôpital des Enfants-Trouvés de Paris, aujourd'hui disparu. Toutefois, le nombre d'enfants y abandonnés s'élevant aux dizaines de milliers par année dû à la situation économique difficile, les tours d'abandon furent fermés en 1863 et remplacées par des « bureaux d'admission » où les mères pouvaient laisser leurs enfants de manière anonyme mais étaient également conseillées. Les tours d'abandon furent officiellement abolis dans la loi du 27 juin 1904. Aujourd'hui les femmes peuvent accoucher anonymement dans les hôpitaux et y laisser leurs bébés (« accouchement sous X »).

    Au Brésil et au Portugal les « rodas dos expostos » (littéralement « roues pour les exposés ») seront utilisés depuis le décret de la reine Marie Ière, le 24 mai 1783, où elle commande la création d'un orphelinat par commune. Un exemple en est le tour d'abandon de l'hôpital Santa Casa de Misericordia de São Paulo, installé le 2 juillet 1825 et fermé le 5 juin 1949 quand les tours d'abandon sont déclarées incompatibles avec le système social moderne, après un débat durant cinq années.

    Au Royaume-Uni et en Irlande les enfants abandonnés sont élevés dans les orphelinats financés par le Poor Tax. Il y avait également des maisons d'enfants abandonnés à Londres et Dublin. Le Dublin Foundling Hospital and Workhouse installera un tour d'abandon en 1730. La tour d'abandon de Dublin sera fermée en 1826 avec l'hôpital dû taux élevé de morts parmi les enfants y laissés.


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