• Des funérailles d'un faste à peine croyable

    Escorté par Philippe de Montauban, fidèle parmi les fidèles de la duchesse Anne et chancelier de Bretagne, le cœur arrive à Nantes par bateau, le 13 mars. Photo DR

     

    Des funérailles d'un faste à peine croyable

     Anne de Bretagne

     

    Des funérailles d'un faste à peine croyable

    Au sixième jour de sa mort, Anne de Bretagne est transférée dans la salle d’honneur de Blois, en habit d’apparat. Photo DR

     

    Des funérailles d'un faste à peine croyable

     Avant son décès, Anne de Bretagne avait émis le souhait que son cœur soit enterré à Nantes. Photo DR

     

    Des funérailles d'un faste à peine croyable

     Escorté par Philippe de Montauban, fidèle parmi les fidèles de la duchesse Anne et chancelier de Bretagne, le cœur arrive à Nantes par bateau, le 13 mars. Photo DR

     

    Épuisée par les grossesses et les drames, Anne de Bretagne s’éteint le 9 janvier 1514. Ses funérailles durent trente-neuf jours et demeurent parmi les plus grandioses et les plus coûteuses des souverains français.

    En ce début d’année 1514, la reine de France se meurt, épuisée par une quinzaine de grossesses en vingt ans. Seules deux de ses enfants, Claude et Renée, ont survécu. Son mari, Louis XII, est absent. Il est allé combattre les Anglais et Maximilien d’Autriche dans le nord du royaume, après avoir été expulsé d’Italie. Un véritable lien d’affection unit cependant la duchesse souveraine de Bretagne, deux fois reine de France, et Louis d’Orléans qui a d’ailleurs combattu en 1487, à Saint-Aubin-du-Cormier, dans l’armée du duc François II contre les Français.

    Embaumement royal  

    Anne de Bretagne décède le 9 janvier, vers 6 heures du matin, dans la chambre du donjon de Blois, alors résidence des souverains français. Ses obsèques vont durer trente-neuf jours. Dans une étude monumentale, Jacques Santrot a étudié cet événement politique, symbolique et culturel sans précédent. Nous disposons de nombreux documents sur ces obsèques qui restent exceptionnelles par leur coût, sans doute l’un des plus importants de l’Histoire de France, c’est-à-dire entre 44.000 et 60.000 livres de l’époque. La principale dépense concerne les bougies et les cierges. Pour Anne de Bretagne, on brûle, en effet, des tonnes de cire… 

    Après son trépas, la reine est soumise à une toilette mortuaire et aux différentes étapes de son embaumement. La dépouille est ainsi éviscérée et plusieurs organes, parmi ceux les plus rapidement dégradables, sont prélevés. Conformément au souhait d’Anne, le cœur est également mis à part, afin qu’il soit rapporté à Nantes.  

    Au sixième jour, Anne de Bretagne est transférée dans la salle d’honneur de Blois, en habit d’apparat. Pendant plusieurs jours, tous les grands du royaume viennent lui rendre hommage. Ce n’est que le 17 janvier que le corps de la reine est placé dans son cercueil de plomb, afin que sa dépouille soit transférée jusqu’à la nécropole royale de Saint-Denis. Plusieurs centaines d’offices religieux sont donnés pendant 74 jours. Selon Jacques Santrot, « cette inflation de messes est due à la hantise du salut individuel et à une croyance de plus en plus forte au purgatoire ».  

    Cortège impressionnant 

    Le 18 janvier, près de 1.700 pleurants accompagnent Anne de Bretagne jusqu’à la collégiale Saint-Sauveur de Blois, suivis des grands du royaume et des officiers de la reine. Le cortège qui s’ébranle ensuite vers Paris est grandiose, avec un absent de marque, le roi. Malgré son attachement réel à son épouse, comme ses prédécesseurs depuis le XIVe siècle, il ne peut plus assister à des obsèques afin de protéger son intégrité physique. 

    Tout au long du parcours, les officiers bretons sont particulièrement mis en valeur. Il s’agit d’un acte politique et symbolique, afin de consolider le processus d’union du duché au royaume. D’autant que cette union est loin d’être acquise en cas de remariage du roi et de naissance d’un héritier mâle. Les Anglais ne s’y tromperont pas en envoyant une jeune et fougueuse princesse épouser Louis XII, mais ce dernier décède avant de lui donner un enfant… 

    Le convoi mortuaire d’Anne de Bretagne quitte Blois et remonte vers le nord. Chaque soir, des cités l’accueillent, à leurs frais. Les cérémonies les plus fastueuses ont lieu le 14 février, lorsque la dépouille royale entre dans Paris et fait une station à Notre-Dame. Entre 12 et 13.000 personnes se pressent sur le trajet. Le 16 janvier, Anne de Bretagne arrive enfin à Saint-Denis, dans la nécropole des rois de France. Par la suite, son gendre, François Ier, fera réaliser un tombeau monumental en son honneur et celui de Louis XII. 

    Ces funérailles exceptionnelles, leur faste et leur symbolique illustrent la volonté de la couronne française de favoriser le processus d’annexion d’une principauté alors prospère, dont l’importante flotte maritime allait constituer un atout certain. Quant à Anne de Bretagne, elle devient désormais l’un des grands personnages de l’Histoire de France.

    À lire 

    - « Les doubles funérailles d’Anne de Bretagne, le corps et le cœur » (janvier-mars 1514), Jacques Santrot, Droz, Genève.  

    - «Toute l’Histoire de Bretagne», Skol Vreizh, Morlaix, 2012. Jean Kerhervé, 

    - « L’État breton aux XIVe et XVe siècles. Les ducs, l’argent et les hommes », Maloine, Paris, 1987. 

    Son cœur à Nantes

    Avant son décès, Anne de Bretagne avait émis le souhait que son cœur soit enterré à Nantes, «en son pays et duché de Bretagne». Cette partition du corps n’a rien d’exceptionnel à l’époque chez les princes. Il permet au contraire de multiplier les pratiques funéraires et donc, de rehausser le prestige du défunt. Pour accueillir la relique royale, deux orfèvres de Blois, Pierre Mangot et François Jacques réalisent un petit chef-d’œuvre artistique en moins de quinze jours. Ce « vaisseau d’or » constitue encore aujourd’hui l’une des pièces principales des collections du musée Dobrée à Nantes. 

    Escorté par Philippe de Montauban, fidèle parmi les fidèles de la duchesse Anne et chancelier de Bretagne, le cœur arrive à Nantes par bateau, le 13 mars. Plusieurs cérémonies sont organisées dans la capitale du duché, sans le faste de celles de Paris et Saint-Denis. Puis le cœur est placé dans le tombeau des parents d’Anne, François II et Marguerite de Foix, l’un des plus beaux monuments de la Renaissance bretonne, aujourd’hui visible dans la cathédrale de Nantes.

    Pour compléter les informations concernant Anne de Bretagne

    Cliquez sur le lien : Histoire Anne de Bretagne 

     

    Article paru dans Le Télégramme


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  • Un double CD-livret de chants en breton de 1916 à 1978

     

    Chantez maintenant ! Kan Ha Diskan 

    Les chanteurs Jean-Marie Plassart et François-Louis Gall lors d’un Fest-Noz en 1975. | DR 

     

    Dastum publie des inédits du «Pays Montagne», dont la voix d’un poilu de Scrignac, enregistré dans un camp de prisonniers en 1916.

    Haut lieu du Kan Ha Diskan (chant à répondre) berceau de la gavotte et du renouveau du Fest-Noz, ce pays qui englobe le nord des monts d’Arrée, entre Scrignac, Berrien, Plouyé, Huelgoat, La Feuillée, mais aussi la région de Carhaix, a été l’objet de longue date d’importantes collectes sonores effectuées par l’association Dastum.

    Un double CD-livret intitulé «Pays Montagne, chanteuses et chanteurs de tradition 1916-1978» sort ce samedi 4 novembre. Il a été réalisé par Dastum en collaboration avec l’association Dañs-Tro de Poullaouen.

    Enregistrements inédits

    Dastum, qui veut dire collecte en breton, sauvegarde et diffuse le patrimoine oral de l’ensemble de la Bretagne historique depuis 1972.

    Le double CD-livret donne un large aperçu au travers d’enregistrements souvent inédits réalisés entre 1916 et 1978, «autant de documents exceptionnels, non seulement de par leur rareté et leur ancienneté, mais aussi de par la grande qualité de leurs interprètes», explique Yann Le Boulanger, le président de Dañs-Tro.

    Trois ans de travail

    Trois ans de travail, de recherches, ont été nécessaires pour aboutir à l’édition du double CD-livret qui constitue le 5e volume de la collection La Bretagne des pays.

    «Nous nous sommes attachés à travailler sur une période qui na pas été très abordée dans l’édition, avec des enregistrements pour la plupart inédits».

    Un poilu de Scrignac

    Ces enregistrements datent pour certains des années 1930, 1940 et 1950 et possèdent une charge émotionnelle importante, «comme le premier morceau qui est celui de Jean-Marie Le Gall, un Poilu de Scrignac enregistré dans un camp allemand de prisonniers en 1916 ou encore lenregistrement de Catherine Corvellec une chanteuse de Carhaix à la fin des années 1960». 

    On y trouve aussi les grandes figures de la renaissance du Fest-Noz dans les années 1950, Catherine Guern, François Ménez de Poullaouen, Jean-Marie Plassart de Plouyé, François-Louis Gall, Gwilhou Rivoal, «au total trente et un chanteurs et chanteuses dans un répertoire que nous avons voulu partager et rendre accessible au grand public». 

    Un double CD et un livret exceptionnels

    Le double CD propose 67 plages d’enregistrements exceptionnels qui font la part belle au chant à danser et au Kan Ha Diskan. Il est accompagné d’un livret qui compte 168 pages, «avec les paroles des chansons et leur traduction du breton, assorties de commentaires et de biographies des interprètes. Pour cela nous avons écouté beaucoup dheures denregistrements et nous sommes allés voir les descendants pour rédiger les biographies».

    Le double CD-livret propose également une présentation du pays, un historique des collectes, des éclairages sur les particularités du chant, de la langue, de la danse, le tout richement illustré.

    Il est distribué par Coop Breizh au prix de 17. Il est également en vente par correspondance auprès de Dastum, 16, rue de la Santé, 35000 Rennes.

    Article paru dans Ouest-France


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  • Des Bretons revendiquent le Nouvel an celtique

    Le Centre de l’imaginaire arthurien propose de son côté depuis le début des vacances de Toussaint, dans la mythique forêt de Brocéliande, balades contées et veillées autour du Nouvel an celtique. Thierry Creux - Ouest France

     

    Alors qu’une nouvelle déferlante de zombies, vampires et autres squelettes envahissent les vitrines des commerçants, les bars et les rues à l’occasion de la fête anglo-saxonne d’Halloween, de plus en plus de Bretons font revivre son ancêtre: la Samain. La célébration du Nouvel an celtique aura lieu ce mercredi dans le Finistère. 

    Trop américaine, trop commerciale… De plus en plus de Bretons se détournent d’Halloween, lui préférant sa version originale, la Samain, Nouvel an celtique que tentent aujourd’hui de se réapproprier les cercles druidiques et les milieux culturel et touristique de la région. 

    Les membres de la Gorsedd (fraternité druidique, N.D.L.R.) de Bretagne ont rendez-vous dans le Finistère mercredi, quelque part entre le lac de Brennilis et le mont Saint-Michel de Brasparts, terre de mythes et de légendes. 

     

    Un mélange de recueillement et de félicité 

    Drapés de leurs saies blanches ou vertes au milieu de la lande automnale, ils y célébreront comme chaque fois la Samain (Samhain en irlandais) dans un mélange de recueillement et de félicité. 

    «C’est pour nous la cérémonie la plus importante de l’année», explique Ludo, l’un des druides de la Gorsedd. «Elle permet d’honorer les morts mais n’est pas triste pour autant car elle invite au partage, au dialogue avec ceux qui nous sont chers. On en tire beaucoup de force.»

     

    Nouvel an celtique 

    La Samain marquait, chez les Celtes, le début de la période sombre. Considérée de nos jours comme le Nouvel an celtique, cette fête hors du temps, qui donnait lieu d’après la mythologie à d’imposants festins, voyait l’ouverture des portes entre notre monde et celui des morts. 

    On la situe souvent à tort autour du premier novembre, «date choisie par l’Église au IXe siècle pour sa fête des saints martyrs en réponse à la persistance des rites païens», note Grégory Moigne, doctorant en celtique et histoire des religions à l’université de Brest. 

    Si la date pose encore question, une chose est sûre: les Irlandais, en émigrant aux États-Unis au XIXème siècle pour fuir la misère et la grande famine frappant leur île, sont à l’origine d’Halloween, «une vision très folklorique de la Samain», selon le chercheur. 

     

    Renouer avec les traditions 

    Lassés des chapeaux de sorcière, des fausses toiles d’araignée et des collectes nocturnes de friandises, les Bretons sont de plus en plus nombreux à vouloir renouer avec leurs traditions ancestrales. 

    C’est ce qui a poussé Charles Castrec à créer le Samaïn Fest, un festival en soutien à l’école Diwan de La Mézière (Ille-et-Vilaine) alliant musique métal et culture celtique. 

    «Nous voulions briser les codes, fêter la Samain pour nous écarter du côté mercantile d’Halloween tout en montrant que la Bretagne, ce n’est pas que biniou, bombarbe et galettes», dit l’organisateur 

     

    Des bougies dans les betteraves 

    À Saint-Quay-Portrieux (Côtes-d’Armor), la municipalité, soucieuse d’étendre sa saison estivale, a lancé en 2014 sa fête de la Samain, «plus en résonance qu’Halloween avec les adultes et la culture locale», selon l’adjointe au maire, Sophie Lathuillière. 

    «Des personnes très âgées nous ont dit qu’elles avaient l’habitude, dans leur enfance, de placer des bougies dans des betteraves. Ces traditions s’étaient perdues depuis deux générations, mais il ne fallait pas grand-chose pour les faire revenir», poursuit-elle, espérant faire mieux que les 6000 personnes rassemblées l’an dernier. 

     

    Renouer avec le passé 

    Le Centre de l’imaginaire arthurien propose de son côté depuis le début des vacances de Toussaint, dans la mythique forêt de Brocéliande, balades contées et veillées spectacles autour du Nouvel an celtique. 

    «Halloween s’était un peu essoufflé, mais on observe un nouvel engouement depuis 3 ou 4 ans autour de la Samain», relève Virginie Beguinel à l’office de tourisme de Brocéliande. «Nos animations ne mentionnent d’ailleurs quasiment plus Halloween, si ce n’est pour expliquer ses origines. Les gens sont demandeurs de références celtiques.» 

    Pour Grégoire Moigne, qui prépare une thèse sur le druidisme contemporain, ce retour aux racines s’inscrit dans «une recherche d’identité personnelle et collective». 

    «Fêter la Samain, c’est renouer avec un passé dont nous connaissons finalement peu de chose. C’est un moment festif que se sont approprié les profanes», ajoute-t-il. 

     

    Une bière spéciale 

    Mais après Halloween, la Samain n’est pas à l’abri d’une exploitation commerciale. La brasserie morbihannaise Lancelot brasse ainsi chaque année, dans la nuit du 31 octobre au premier novembre, une bière noire spéciale (à 11,1%), la Samhain XI.I. 

    Article paru dans Ouest-France 


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  • Comme à l’accoutumée, une série de concerts viendra marquer le Nouvel an celtique. À la tombée du jour, le public sera prévenu de l’arrivée du peuple de la nuit : hommes – animaux, géants, guerriers, femmes-sorcières… Venus de la forêt, issus de l’ancienne culture celte, ils emmèneront les spectateurs en musique, déambulant dans les rues jusqu’à la halle de sports. Transformée pour l’occasion, en salle de concerts.

    Le groupe Lion Says ouvrira les festivités avec un folk à la fois subtil et inspiré. Un album très personnel et formidablement rempli des influences de Nick Drake, Bob Dylan et autres Midlake, etc.

    Après plusieurs années de voyages et d’expérimentations, Denez Prigent présentera une musique métissée et universelle, entièrement acoustique où les thèmes celtiques, grecs, slaves, tziganes et yiddish s’entrelacent.

    Orange Blossom et son nouvel album, envoûtant, qui aurait pu naître d’une rencontre entre les Pink Floyd, Oum Kalthoum et Joy Division, clôturera la soirée.

    Mardi 31 octobre, 19 h 30, place de la mairie > halle des sports de Ploërmel, déambulation par la compagnie Eostiged Ar Stangala. A partir de 20 h 30, concerts à la halle des sports. Entrée libre. Buvette et restauration.

    Transmis par Lydia LE REBELLER


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