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    Grâce à elle, la généalogie n’a plus de secrets

    Aux archives départementales, Sandra Varron se charge d’animer des ateliers à destination des visiteurs intéressés par la généalogie. | Ouest-France

     

    Arrivée en 1983 aux Archives départementales du Maine-et-Loire, Sandra Varron fait profiter de son expérience aux amateurs de recherches généalogiques. Elle y propose des ateliers qui font un tabac.

    Ne cherchez pas, le prochain atelier est déjà complet. Il faudra désormais attendre le mois de novembre. Il faut dire qu’autour de Sandra Varron, responsable des fonds notariaux, les places sont comptées, soit une quinzaine par groupe.

    Depuis environ dix ans, rue de Frémur, elle anime aux Archives départementales des rencontres pour mieux comprendre et progresser dans ses propres recherches généalogiques.«Comme tout le monde, jai débuté par des recherches sur ma famille. Jadore laspect enquête de ce travail. Cest une passion que, depuis, je fais partager aux autres.» Le nez dans les archives notariales, l’agent, qui trône parfois à l’accueil de la salle de lecture, peut s’enorgueillir d’une autre appétence: celle de la paléographie, qui étudie les écritures manuscrites anciennes. Rare sont celles et ceux qui sont capables de décrypter la forme dune lettre inscrite depuis 1720 sur un registre paroissial du fin fond des Mauges. Ou de décoder des abréviations utilisées au XVIIème siècle.

    De Guillon à D’yon

    Chercheurs, étudiants, généalogistes ou simples visiteurs, ils sont nombreux à faire appel à ses connaissances. «Au départ, les gens viennent ici pour en savoir plus sur leurs ancêtres. Puis, ils étoffent, dirigent leurs recherches sur les biens ou l’histoire de l’arrière-grand-père pendant 1914-1918, par exemple.»Souvent, contraints par des problèmes de propriété, certains arrivent là dans la ferme intention d’en savoir plus: «On leur parle de droit de passage, de servitudes établies au moment dun partage. Mais cela peut remonter à plusieurs siècles»Autant de subtilités administratives auxquelles doivent faire face les chercheurs en herbe. Une partie abandonne rapidement les recherches: «Trop de lecture, de documents à déchiffrer, de registres à dépouiller.»Quelquefois, des surprises surgissent. Avec le temps, les noms de famille peuvent se transformer. «Breton peut devenir Lebreton, ou Berton. Pour une même personne, Guillon peut s’orthographier Guion, Dion, D’ion ou même D’yon.» 

    Jusqu’à Fontevraud

    À force de consulter les actes pourtant, beaucoup s’accrochent. Touchés par le virus, ils plongent avec force dans les fonds qui concernent le recrutement militaire, le registre d’écrou de la prison de Fontevraud, les comptes rendus de procès ou les monographies communales…«Je suis là pour les aider, leur faire gagner du temps, poursuit Sandra Varron. Nous avons quand même 42km de fonds dans nos murs.» 

    Vendredi 10 novembre, prochain atelier généalogie aux Archives départementales, au 106, rue de Frémur. Renseignements au 0241808000.

    Article paru dans Ouest-France


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  • La mutation des salons généalogiques
     

    Nous ne nous en rendons pas forcément compte, mais depuis plusieurs années les salons généalogiques ont évolué. Dans la forme, dans les acteurs, dans le contenu, les événements généalogiques ont largement muté en deux décennies.

    Le récent salon national du Havre nous dévoile probablement les prémices d’un vaste mouvement à venir. Vous n’avez pas perçu ces évolutions ? Alors lisez ceci…

    Pendant les années 90, les quelques rencontres généalogiques étaient quasi exclusivement animées par les associations. Les stands étaient tous bien garnis de nombreux relevés, concrétisation ultime de l’énorme travail de dépouillement réalisé. Le dynamisme d’une association était jugé sur le nombre de relevés disponibles. Certains de ces ouvrages étaient déjà en vente permettant de générer quelques subsides.
    Les salons présentaient les premiers arbres généalogiques grands formats édités avec les premiers traceurs. Souvent, il s’agissait des propres recherches des adhérents.

    Dans les années 2000 : les ordinateurs faisaient leur apparition pour les associations les plus en pointes, détrônant déjà les relevés papiers. Les revues et publications internes étaient plus facilement mises en évidence pour attirer le « chaland ».

    Les arbres exposés ne présentaient plus seulement les recherches des adhérents, mais les généalogies de quelques enfants de pays devenus célébrités nationales.

    Dix ans plus tard, quelques associations commencent à s’équiper d’écrans secondaires pour partager plus facilement l’informatique avec les visiteurs. Les relevés papiers ont quasiment tous disparus.

    Pour continuer à financer leurs dépenses de fonctionnement, de nombreuses associations vendent des supports vierges de généalogie (de leur création ou en simple négoce), leurs revues ou leurs guides thématiques.

    Peu à peu, les salons s’ouvrent à d’autres disciplines au-delà de la stricte généalogie : des sociétés d’histoire ou des associations de sauvegarde du patrimoine font déjà leur apparition.
    Les organisateurs essayent de dynamiser la partie exposition avec des arbres plus grands, en couleurs. Des expositions présentent quelques spécificités de l’histoire locale (l’histoire d’un personnage local, d’un village, d’un bâtiment emblématique…).
    Les conférences se multiplient donnant plus de contenu aux salons.

    Ces dernières années les associations non équipés d’ordinateurs munis de leurs bases de données sont peu nombreuses. Certains stands associatifs ont largement perfectionné leur merchandising avec la création de produits dérivés à leur effigie.
    Les exposants sont aussi plus diversifiés : généalogistes professionnels, sociétés commerciales, librairies, artisans en lien avec l’histoire et le travail d’art (enlumineur, relieur, calligraphe..), Archives départementales…

    Rares sont les salons sans conférences, et pour diversifier les animations, de nombreux organisateurs développent en parallèle des ateliers, en petits groupes : initiation à la généalogie, présentation d’un logiciel ou d’une base de données…

    Depuis ces trente dernières années, les exposants et le contenu des salons ont donc changé. La communication et les supports de PLV (publicité sur lieu de vente) se sont largement améliorés : des flyers stylés remplacent de vilaines photocopies, des roll’up et bannières détrônent les affiches A3 défraichies. Certaines associations rivalisent même de nouveautés pour moderniser leur communication (flamme publicitaire, vidéo projecteur avec film en boucle…).

    A contrario, la physionomie des stands a peu évolué : une succession de tables, formant une barrière entre le public et les bénévoles des associations. Dans certains cas (et les exemples ne manquent pas) un mur d’écrans d’ordinateurs coupent net toute convivialité : les bénévoles ne sont presque pas visibles derrière leur écran. Mais tout cela est en train de changer !

    Les sociétés commerciales ont déjà ouvert une nouvelle voie. Filae avec ses nouveaux modules « debout » a été la première, en 2016, à bousculer l’ergonomie des stands des salons généalogiques. Les écrans sont en libre utilisation sur des tables hautes, permettant à chacun de fouiller gratuitement dans les bases. Les collaborateurs de Filae naviguent entre les postes pour accompagner et présenter les services aux visiteurs. Lors du salon national de la Généalogie au Havre, un échelon supplémentaire était encore atteint avec un atelier ouvert, équipé de sièges accessibles à tous et animé par un salarié de Filae muni d’un écran et d’une sonorisation. Différents thèmes pratiques ont été proposés tout au long de la journée, pour en faire une « attraction » permanente.

    Fantaisie ultime : une « machine à remonter le temps » était aussi à disposition pour vous photographier dans un décor à l’époque de votre choix. Un divertissement testé au Salon de Poitiers en 2015 et dont le succès ne se dément pas !

    Family Search s’est aussi démarqué au Havre : des plots informatiques pour des consultations en libre-service, un stand totalement ouvert pour une grande convivialité, et un coin indexation pour les plus motivés.

    En France, ce type de stands constitue une nouveauté sur les salons généalogiques, mais ils existent depuis forts longtemps déjà au Etats-Unis (Roots Tech) ou au Royaume Uni (Who Do You Think You Are ?). Notre pays rattrape juste un peu son « retard » en la matière.

    Certes, ces équipements ne sont pas financièrement accessibles à tous, et certainement pas aux associations, pour autant, ils constituent, assurément, la physionomie des salons généalogiques du futur : des lieux de convivialité, où les nouvelles technologies s’exhibent sans complexe, où le contact entre exposants et visiteurs est plus facile, où les activités sont moins cloisonnées, où les chalands testent les services par eux même. Nul doute que d’autres acteurs majeurs de la généalogie (Généanet, Hérédis, Généatique, Famicity…) prendront, tôt ou tard, le même cap merchandising !

    La prochaine édition de Géné@2018 centrée sur les nouvelles technologies, ainsi que le projet de l’association GénéaTech de créer un RootsTech à la Française, sont déjà les signes d’une évolution inéluctable des grands rendez-vous nationaux de généalogie.

    Alain ROUAULT Co fondateur de GénéAgenda


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  • En Bretagne, trois députés défendent le ñ tilde de Fañch
     Le ñ défendu par des festivaliers cet été aux Vieilles Charrues... | Crédit photo : Ouest-France

     

     

    Paul Molac, Morbihan, Yannick Kerlogot, Côtes-d’Armor et Erwan Balanant, Finistère, écrivent à Nicole Belloubet, ministre de la Justice : « Un simple « ñ » peut remettre en cause l’unité du pays ! »

    Ils avaient pensé à une question écrite au gouvernement. Puis, dans un souci d’efficacité, trois députés de la majorité présidentielle, Paul Molac (LREM, Morbihan), Yannick Kerlogot (LREM, Côtes-d’Armor) et Erwan Balanant (MoDem, Finistère), ont plutôt décidé d’adresser un courrier à Nicole Belloubet, Garde des sceaux.

    Ils demandent la révision de la circulaire du 23 juillet 2014 relative à l’état civil. Ce texte est à l’origine de l’interdiction faite à un couple de parents de prénommer leur enfant « Fañch » selon un jugement, le 13 septembre dernier, en première instance du Tribunal de grande instance de Quimper, lui-même saisi par le Procureur de la République.

    Pourquoi un courrier ? « Parce que nous recherchons d’autres signatures de députés (es) » appuie Erwan Balanant. « Bien sûr, nous aurons des signatures d’élus de Bretagne, du Pays Basque, de Corse ou d’Alsace, mais nous voulons aussi que des députés d’autres territoires signent » ajoute le député de Quimperlé Concarneau.

     

    « Orthographier de manière erronée »

    « Le jugement pour le prénom « Fañch », en date du 13 septembre dernier, se base sur le fait que le signe diacritique « tilde » qui suscrit la lettre « n » de ce prénom breton et accepté par l’officier d’état civil de la mairie de Quimper, n’est pas considéré dans cette circulaire comme appartenant à la langue française. Il est donc enjoint aux parents d’enlever le tilde, ce qui viendrait à l’orthographier de manière erronée et à en modifier la prononciation en langue bretonne », notent les trois élus.

    Selon l’article 57 du Code civil, pour qu’un prénom ne soit pas conforme, il faut qu’il ne soit pas dans l’intérêt de l’enfant ou bien que ce prénom méconnaisse le droit des tiers à voir protéger leur nom de famille. Néanmoins, selon ce jugement, poursuivent les députés, « le principe selon lequel les prénoms de l’enfant sont choisis par ses père et mère doit connaître des limites lorsqu’il s’agit d’utiliser une orthographe qui comprend un signe diacritique non reconnu dans la langue française. Admettre l’inverse reviendrait en effet à rompre la volonté de notre État de droit de maintenir l’unité du pays et l’égalité sans distinction d’origine ».

    Avec ironie, ils glissent : « On notera qu’un simple « ñ » peut remettre en cause l’unité du pays ! Quant à l’égalité sans distinction d’origine, celle-ci semble se concevoir en créant une inégalité entre la langue française et les langues régionales parlées sur le territoire. »

     

    Ibañez, un autre cas à Bayonne

    Les députés rappellent, comme l’avait fait Bernez Rouz, président du conseil culturel de Bretagne le 4 septembre, que le tilde est aussi français, « utilisé dans l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) ».

    Dans leur courrier, les trois élus ouvrent le sujet qui n’est pas que breton, bien sûr : « La justice aura à se prononcer de nouveau sur le cas soumis par Mme Ibañez pour que son fils, né à Bayonne en mars dernier, puisse avoir le même nom de famille qu’elle en conservant le « ñ » gommé sur le livret de famille. »

    Le ñ défendu par des festivaliers cet été aux Vieilles Charrues...

    Article paru dans Ouest-France


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  • La doyenne des Bretons de New York s’en est allée

    Denise (à gauche) chez qui sa maman vivait, et Monique avec qui elle partageait sa vie dans l’appartement de Manhattan, lors du centième anniversaire d’Isabelle. 

     

    Isabelle Lacassagne est décédée à 104 ans. À seulement 17 ans, elle avait quitté Roudouallec (Morbihan). Elle sera la coiffeuse de l’épouse de Gerald Ford, président des États-Unis.

    New York

    Elle s’en est allée dans les bras de ses filles, Monique et Denise au domicile de cette dernière à Hurley à deux heures de New York. La doyenne des Bretons de New York, Isabelle Lacassagne, née Hervet, est décédée vendredi matin à l’âge de 104 ans. « Elle s’était affaiblie ces six derniers mois après avoir connu un hiver difficile, témoigne, très émue, Denise Loheac, la seconde de ses filles chez qui elle s’était définitivement installée. Elle s’est éteinte à 8 h 35 ce matin. Nous sommes extrêmement tristes. Ma mère représentait tout pour nous. »

    Diplômée de philosophie à l’université

    Nous avions eu la chance de la rencontrer dans un restaurant irlandais à Manhattan à l’occasion de son 102e anniversaire. C’est là, en présence de sa fille aînée, qu’elle nous avait raconté son incroyable histoire depuis son départ, seule, de Roudouallec, commune du Centre-Bretagne, en novembre 1930 vers l’Amérique. Elle n’avait que 17 ans. Née le 27 février 1913 dans une ferme du village de Caren Glas, la petite Bretonne, qui avait récupéré son passeport à Nantes, rêvait de devenir coiffeuse. C’est la venue d’une élégante comtesse un jour dans la ferme familiale qui changera le cours de sa vie. Sur les conseils du curé et les encouragements de sa mère adorée, elle décide de prendre le dernier bateau pour les États-Unis. C’est à New York, en pleine récession, qu’elle connaîtra son incroyable destin. Son rêve deviendra réalité. Elle deviendra même la coiffeuse attitrée de l’épouse du président Gerald Ford. En 1944, elle épouse un Bordelais, Lucien Lacassagne, qui lui donne deux filles. Seulement, le couple se sépare quelques années plus tard. Après s’être mise à l’anglais et à la moto dès son arrivée, cet invincible bout de femme fera son entrée à l’université Fordham University à l’âge de 70 ans d’où elle sortira avec un diplôme de philosophie.

    « La vie peut être drôle ou compliquée »

    Très croyante et dotée d’une indéfectible coquetterie, elle n’aura jamais manqué une messe à New York où elle aura passé 87 ans de sa vie. « J’adore New York. La vie peut être drôle ou compliquée. Il faut la prendre comme elle vient, confiait celle qui n’aura revu qu’une seule fois sa mère après son départ. Aujourd’hui, je prie pour tout le monde et il ne faut jamais abandonner ». Isabelle Lacassagne sera inhumée à l’église des Artistes située sur la 49ème rue à Manhattan, le samedi 16 septembre. Son corps reposera à New York.

    Article paru dans Ouest-France


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