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    Le tribunal administratif de Rennes s’est prononcé en faveur du retrait de la croix de la statue de Jean-Paul II sur le domaine public. Ouest-France

     

    Le tribunal administratif de Rennes a donné raison à la Libre pensée qui demandait le retrait de la statue de Jean-Paul II du domaine public de Ploërmel.

    Pour le tribunal administratif de Rennes, la statue de Jean-Paul II de Ploërmel, et la croix qui la surplombe, n’a pas à rester sur le domaine public. Saisi par la fédération de la Libre pensée morbihanaise le 26 mars dernier, il vient de rendre son jugement en délibéré. Il confirme le caractère illégal de son implantation en 2006 dans le centre-ville de Ploërmel.

     

    « Symboles ostentatoires de la religion »

    L’association demandait le déplacement de la statue pour être en accord avec la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État. Le rapporteur public avait proposé d’enlever la croix et l’arche, « symboles ostentatoires de la religion ». Le tribunal administratif a suivi sa proposition.

    « Le tribunal s’est prononcé en faveur de la suppression de la croix », confirme Patrick Le Diffon, le maire de Ploërmel qui note qu’elle fait partie de l’œuvre. « Si on enlève la croix, c’est l’auteur qui peut nous attaquer… »

    Œuvre de l’artiste russe Zourab Tsereli, la statue est protégée par la loi sur la propriété intellectuelle et son auteur a fait savoir à l’ancien maire de Ploërmel, Paul Anselin, qu’il s’opposerait à toute modification de l’ensemble.

     

    Des recours possibles

    Si la croix ne peut être désolidarisée de la statue, c’est le monument entier qui devra quitter le domaine public. « Nous n’en sommes pas là », prévient le maire de Ploërmel qui attend la réception du jugement écrit du tribunal administratif.

    « Nous aurons six mois pour décider si nous faisons appel devant le conseil d’État. » Une autre hypothèse est également évoquée : le déclassement de la place du domaine public. Patrick Le Diffon fait savoir qu’il utilisera tous les recours possibles avant toute décision légale.

    La statue de Jean-Paul II n’est donc pas prête à quitter sa place renommée récemment « Saint Jean-Paul II », mais elle est en sursis.

    Article paru dans Ouest-France


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  • Dix ans après, la statue du Pape divise-t-elle toujours ?

     

    Le 10 décembre 2006, Paul Anselin, alors maire de la commune de Ploërmel (Morbihan), inaugurait sur une place publique la statue du pape Jean-Paul II. Dix ans plus tard, les habitants les plus réticents semblent résignés à la garder.

     

    Dix ans après, la statue du Pape divise-t-elle toujours ?


     

    Au cœur de l’hiver, ça ne se bouscule pas sur la place Saint Jean-Paul II à Ploërmel. En semaine, les voitures investissent aisément le parking autour. Seuls quelques anciens viennent tailler une bavette de temps en temps sur les bancs. Les collégiens et lycéens passent devant sans la voir. Dix ans après le rififi national, la statue du pape défunt fait partie du paysage.

    Inaugurée en grande pompe le 10 décembre 2006, elle n’aura pas le droit à grand-chose pour souffler la bougie de cette première décennie. À entendre les Ploërmelais, ce n’est pas plus mal.

    Elle fait partie du décor

    L’affaire a divisé la population locale. À présent, les esprits chagrins préfèrent la mettre en veilleuse. L’emplacement de la statue, l’arche surplombée d’une croix, les liens de l’ancien maire Paul Anselin avec le sculpteur Zurab Tsereteli… Il y a de quoi râtisser large pour faire polémique.

    Mais même sur le marché, pourtant haut lieu des débats locaux, personne ne moufte. « Ça fait un moment qu’on n’en entend plus parler », lâche un commerçant. Dix ans déjà qu’elle est là. Le bonhomme écarquille les yeux. « Je n’en reviens pas ! », ajoute Ronan, maraîcher bio à Sulniac. La Ploërmelaise Cécile est moins étonnée. « À chaque changement de municipalité, c’est reparti. Certains disent qu’elle sera démontée. Franchement, ça m’est égal. Maintenant, elle fait partie du décor. »

     

    Dix ans après, la statue du Pape divise-t-elle toujours ?

    (Photo : Thierry Creux/Ouest-France)

     

    Si plus personne ne l’évoque spontanément, il suffit d’une étincelle pour relancer le débat. « Ne nous parlez pas de ça, s’exclament René et André. Elle est très bien là où elle est. » Plus loin, trois Ploërmelais taillent une bavette. Bernard, Pierre et Michel sont partagés. « Il y a la loi et elle n’a pas été respectée. » « Oui, mais ça coûterait combien de la faire déboulonner ? » « Elle ne dérange personne. » « Il ne pas fallait pas la mettre là. » « Et pourquoi pas la déplacer dans un endroit privé ? »

    À moins d’un mètre, René et Cécile évoquent « l’indifférence générale après des années de polémique. Le maire de l’époque nous a imposé une statue religieuse sur un lieu public. Ça, ce n’est pas normal. Maintenant, elle ne change pas notre quotidien. »

    Dans un circuit de visite

    Dans les cafés ploërmelais, ça fait bien longtemps que le Pape ne s’est pas invité dans les conversations. « Ce n’est plus un sujet de discussion, glisse le patron du Café de la Tour. J’entends surtout parler chômage et problèmes financiers. » N’empêche, le sujet intéresse. Chacun y va de son point de vue. C’est presque l’occasion de parler du bon vieux temps.

    L’hôtel-restaurant le plus près de la place Saint Jean-Paul II est Le Cobh. « Les gens qui s’arrêtent à Ploërmel me parlent des caméras et de la statue du Pape, raconte son patron Mickaël Suire. J’ai même vu des touristes venus de l’Est qui s’arrêtaient pour un pèlerinage. »

    Pour lui, la statue attire du monde. Mais de là à dire « que ces touristes consomment sur place, je ne pense pas », ajoute-t-il. Membre de l’Association pour la sauvegarde de la statue, son opinion est déjà forgée. Pour lui « ce serait ridicule de l’enlever, ça coûterait plus cher. Elle fait partie de notre patrimoine. Et puis, elle est dans un environnement religieux entre le Sacré-Cœur et l’école. »

    À l’office de tourisme, on évoque « quelques demandes, par-ci par-là, principalement des touristes français. Et puis, elle est sur notre circuit de visite. »

    Dix ans après, la Fédération morbihannaise de la libre pensée a déposé un ultime recours au Conseil d’État. L’association espère bien remporter la dernière manche. De quoi raviver un débat interminable sur la présence de la statue et de sa croix dans l’espace public.

    Article paru dans Ouest-France


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